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28.03.2008

La parturiente

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17.03.2008

Félicitations

De là où je me trouve, j'ai attentivement écouté l'ensemble des commentateurs qui se sont succédés et se succèdent encore depuis hier soir sur la scène du petit théâtre politique français. Aucun d'entre eux, politiques avertis et journalistes attentifs, ne semble avoir relevé le fait politique inédit et d'importance qui s'est produit lors de cette longue et monotone soirée électorale et qui me conduit aujourd'hui à sortir un instant de mon silence pour féliciter chaleureusement Ségolène Royal.

Depuis quelques soirées électorales, Madame Royal semblait s'être fait une spécialité du coup politique improvisé et perdant. Déboulant sur les plateaux de télévision ou intervenant depuis son quartier général, on la voyait soudain traversée, saisie, illuminée par une intuition à laquelle elle ne savait ne pas succomber et qui l'incitait à se lancer derechef dans une vaine déclaration d'amour au Modem et à François Bayrou. Hier soir, néanmoins, la dame est parvenue à contenir ses élans pour un centre droit giscardo-barriste moribond qui n'a eu et n'aura jamais l'ambition d'être utile au projet de transformation sociale porté par la gauche. Il lui fallut pour parvenir à ce résultat qu'elle réponde aux journalistes qui l'interrogeaient en récitant sur un ton monocorde une longue réponse préalablement écrite et à laquelle il lui fut nécessaire, afin de ne pas dévier sur un mot malheureux, de se référer tout au long de son intervention.

Et, en effet, elle ne dévia pas. Si l'on ne comprit un traître mot de ce qu'elle ânonnait studieusement, l'on réalisa aussi bien que les commentateurs n'en reprendraient pas une phrase le lendemain. Un résultat qui constitua somme toute un grand soulagement pour des socialistes qui se virent ainsi offrir la possibilité de savourer assez tranquillement une victoire, conquise sans ambiguïté aucune à gauche.

La période de préparation du congrès du Parti Socialiste s'ouvre, maintenant, sur cet augure encourageant auquel les militants seront bien inspirés de savoir se référer. La France, il ne faudrait pas s'y tromper, demeure un pays majoritairement ancré à droite. C'est un difficile combat de reconquête idéologique que la gauche et les socialistes doivent à présent mener. Afin de l'emporter en 2012, au-delà d'un projet innovant à même de rendre crédible l'ambition renouvelée de justice sociale, il sera nécessaire aux socialistes d'élaborer les termes d'un discours qui, pour convaincre, devra d'abord transformer les mentalités. Un discours qui devra donc s'incarner en une personnalité dont le talent de tribun sera à la hauteur de cette tâche immense, possèdant cet art savoureux de faire sonner fort le mot juste.

C'est en cela qu'il faut féliciter Ségolène Royal d'avoir compris qu'elle ne possède pas un tel talent. Elle n'en demeure pas moins une personnalité de qualité qui à l'occasion pourra être utile à son camp. Elle ferait sans doute un excellent premier ministre. Pour le moins autant que celui que me fit en son temps Michel Rocard lorsqu'il eut sagement renoncé à sa dévorante et stérile ambition de devenir président.